— Allez-y.

L’enfant se présente bien, mais j’ai dans l’idée que les heures qui vont suivre seront fraîches et joyeuses.

CHAPITRE X

Je ne sais plus quel endoffé a écrit quelque part que les bords de la Saône, dans les environs de Lyon, dépassent en beauté les plus baths coins de l’Île-de-France. Il n’était pas plus crétin que ça, le mec en question, et y en avait autant dans sa pensarde que dans un tube de pâte dentifrice.

La Saône est verte, d’un beau vert profond et chatoyant. Le soleil y met des grandes traînées d’argent et un petit zéphyr en caresse la surface. Vous vous rendez compte de ce que mon tempérament poétique est capable d’accoucher ? Il sait manier la lyre, le bonhomme, non ? Moi, Lamartine il ne m’épate pas, je lui rendrais des points si nous faisions un concours…

Je descends de ce tramway qui remonte la Saône et qu’on appelle à Lyon le Train bleu. Je tiens à la main une valise bourrée d’explosifs.

Si jamais un des soldats qui occupent les abords de l’écluse me demande de l’ouvrir, ça va faire un drôle de foin !

L’écluse est là, sur la gauche, bien gardée, je vous prie de le croire. Je m’en approche, le plus possible, l’air innocent. Les Allemands froncent les sourcils en me voyant avancer. Il y a gros à parier que je vais me faire interpeller si Stéphane n’entre pas en jeu. Heureusement, le voilà. Il débouche à bicyclette et me frôle.

— Eh dis donc, tordu ! je lui lance, tu peux pas faire attention ?

Il freine et se retourne.