— Pas loin de dix, fais-je en riant.

Je n’hésite plus. Le vieux petit barbichu est un type de première ; moi aussi, j’en connais un brin sur la question des bonshommes.

— Ouvrez grandes vos manettes, doc, je vais vous rancarder. Car je pense qu’on peut avoir confiance en vous !

Et je lui déballe toute l’histoire, depuis A jusqu’à Z en passant par la Lorraine. Je ne lui cache rien, ni mon identité, ni les raisons qui m’ont amené ici, ni mes démêlés avec les Gertrude’s gougnafiers, ni ma rencontre avec le pauvre Polak.

Il m’écoute, calmement, en essayant d’arracher sa barbichette. Mais la barbichette tient bon et elle n’a pas perdu un seul poil lorsque j’ai terminé mon exposé.

— Voilà qui vaut tous les fades romans d’aventures, assure le docteur. Montrez un peu ces tortues…

J’ouvre le sac et le retourne. Les braves bestioles tombent lourdement sur le tapis, où elles se mettent à remuer avec des mines pataudes.

Le médecin en cramponne une et l’approche de l’abat-jour.

— Ce sont des tortues normales, non ? dis-je en m’approchant.

— Tout ce qu’il y a de normales, admet-il.