— Vous comprenez le polak, toubib ?
— Non, fait-il, mais la bonne de mes voisins est Polonaise, demain je pourrai lui faire déchiffrer ce message. Enfin, j’espère qu’elle sait lire.
— Ce n’est pas un peu risqué ? je demande. Ça doit être bigrement confidentiel pour qu’on ait choisi un système de correspondance aussi bizarre.
— Ne vous tracassez pas, sourit le médecin, Frania est aussi intelligente que cette bouteille de marc. Ma seule crainte, je vous dis, est qu’elle ne sache pas lire…
Il se lève.
— Vous avez grandement besoin de repos, commissaire. Je vais vous faire une petite piqûre calmante et vous irez dormir dans la chambre d’amis. Je continue à l’appeler ainsi, bien que je n’aie plus d’amis depuis belle lurette…
Il saisit les tortues et les emmène à la cuisine.
— Elles ont bien mérité une feuille de salade, dit-il.
* * *
Il fait un soleil à tout casser lorsque j’ouvre mes châsses. La lumière est tellement vive que je me démerde de baisser mes stores. Mais tout de même le soleil est un machin drôlement fameux lorsqu’on a failli laisser ses os dans un tas de sciure. Je rouvre mes paupières. Il me faut plusieurs secondes avant de réaliser où je me trouve. Puis la mémoire me revient. Les tortues-sandwichs, le brave poivrot de toubib… Qu’est-ce qu’il maquille, le vieux barbichu ?