Le programme me botte.

Aussi ivrogne qu’il soit, il est aux pommes, le docteur Martin. Quel doigté. Il me proposerait de m’astiquer le cervelet que je me laisserais faire, parole d’homme ! Et il sait s’organiser. À partir de onze heures et demie, il a terminé son cabinet et il fait la popote. Tout par lui-même, c’est sa devise.

— J’avais une servante, dit-il, mais étant donné ma situation de vieux célibataire, j’étais obligé de la prendre âgée ; ça faisait un peu curé ; de plus elle m’engueulait. Je l’appelais l’Inintelligence Service… Je m’apprêtais à l’empoisonner à l’arsenic lorsqu’elle m’a quitté ; je ne l’ai pas remplacée…

On passe à table. Y a un rôti de porc gros comme ma cuisse avec de la purée de marrons.

— Mince, je m’exclame, c’est pas les restrictions chez vous !

— La plupart de mes clients sont des ruraux des environs, ils me paient en marchandises ; ça leur fait plaisir et j’y gagne. Que pensez-vous de ce petit vin de pays ?

— Gentillet…

Il me regarde manger de bon appétit.

— C’est beau, la jeunesse, soupire-t-il.

Je me communique un bon kilo de barbaque dans le porte-pipe. Je lichetrogne un litre de rouquin, après quoi je m’essuie les lèvres.