— Voyons, fais-je, ça n’est pas sérieux…

— C’était un piège, j’ai appris cela incidemment en surprenant ce matin une conversation entre von Gleiss auquel je servais de secrétaire et Gertrude Kurt. Ils avaient appris — comment ? je l’ignore — que l’information concernant le départ d’Italie du train spécial, via Lyon, avec arrêt de deux heures à Bourgoin, avait été transmise à notre réseau. Von Gleiss en a référé à ses supérieurs, il a été décidé que les wagons voyageraient à vide et que leur contenu serait dirigé vers sa destination par un autre mode de transport. Ils voulaient, ainsi, parer à toutes surprises…

— Les vaches !

Avoir risqué sa peau, avoir bousillé de pauvres mecs pour des clous, vous avouerez que c’est rageant.

Ils m’ont eu, les Frizous. Ils m’ont vachement pris pour un branque ! Si je tenais le von Dugland, je lui ferais bouffer son monocle et je lui arracherais les châsses avec un crochet à bottines…

— Bon, fais-je après un long silence que je mets à profit pour ravaler mon coup de sang, et alors, Gretta, pour quelle raison avez-vous quitté votre poste ? Vous étiez aux premières loges, dans le bureau de von Truc…

— Ça se gâtait pour moi, affirme-t-elle.

— Vous croyez ?

— J’en suis certaine. Gertrude et von Gleiss avaient changé de pièce pour parler. Gertrude, après l’entretien, a ouvert brusquement la porte… J’étais derrière, j’ai fait mine de ramasser des papiers que j’avais jetés à terre pour me servir d’alibi, mais je ne crois pas qu’elle ait été dupe. La preuve c’est qu’elle m’a ordonné de descendre avec elle à la cave pour vous interroger. Cela ne lui ressemble pas. Et comme la scène de…

Elle devient un peu plus rouge qu’un coquelicot.