— En joue !
Le père enfonce ses index dans ses oreilles, tellement fort que les deux doigts doivent se toucher dans le milieu de la tête.
Un cliquetis froid traverse Petit Louis. Il a la tête dans l’eau, le bruit de la foule fait ouan, ouan, dans ses oreilles. Il n’a plus envie de pisser, il ne se sent plus, merci !… mon Dieu ! mais comme c’est long.
Les soldats : une double alignée de morts qui viennent le chercher. Des morts solennels et inconscients.
— Feu !
Il entend « feu », il pense « feu », dans un lointain plaisant, aussi irréel que les paysages contenus dans l’armoire à glace, à l’époque de sa maladie.
Un fouet chaud lui frappe doucement la poitrine, un rire radieux s’éteint dans une brume dorée.
Le bruit de la décharge a suinté dans l’ouïe du père. Le vieux ne parvient pas à penser que ça y est, que ça y est, que ça y est.
Il débouche ses oreilles dans lesquelles vibre un silence.
Le père se met le monde aux oreilles et déjà il croit y déceler une sorte de rumeur triste et lointaine qui n’est autre que le silence éternel de Petit Louis.