Cette mère qui réussit à le guérir de ses maux et de lui-même repose sur un grabat et ne peut rien pour lui.
À quoi servent les mères lorsqu’elles ne sont plus capables de sauver leurs enfants ?
Le canon s’est tu. La lune souveraine se couche sur les toits de la ville. Plus loin, dans la proche campagne, des hommes se battent. La France se libère et, toute boueuse, se dresse dans les chemins de terre, un sabre de bois à la main.
Petit Louis frémit à la pensée du combat. Il se voudrait rouge du sang des autres. Sur un champ de bataille, sa mort, vraiment, n’aurait plus aucune importance pour lui-même.
Le bras d’Hélène pend du lit comme une branche cassée. Petit Louis regarde la main blanche, douce comme un gant de peau. Il la caresse timidement. Et il retrouve cette émotion subtile qui s’emparait de lui lorsque, voici déjà longtemps, il caressait le ventre d’Hélène en jouant à cache-cache. Elle avait le ventre ferme, tiède et frissonnant. Il promenait sa main avec angoisse sur cette chair si pleine de vie, étudiant la chaleur glissant sous ses doigts. Hélène possédait un grain de beauté à côté du nombril, le contact de cette légère protubérance procurait à Petit Louis une répulsion voluptueuse. Hélène regardait ailleurs pendant ce temps et devenait pâle, tandis que, s’arrêtant de respirer, Petit Louis écoutait son sang galoper jusqu’à ses yeux.
Doucement, il appelle :
— Hélène !
Le bruit de sa voix ne doit pas être identique pour les trois dormeurs. En effet, Hélène s’éveille. Elle ne dit rien, mais son souffle perd de sa régularité.
Il répète :
— Hélène !