Un jour, il s’était penché sur elle pour l’embrasser. Hélène avait fui le baiser, à cause des recommandations de sa mère, malgré le louche enchantement du moment. En se reculant elle avait fait choir la cuvette où flottait, encore mal fixé sur la pellicule, un univers boursouflé et précaire.

« — Grand Dieu ! »

Elle entend l’exclamation étouffée d’Édouard, cette exclamation pareille à celle que pousserait un cardiaque surpris par une crise, au moment où il croit s’endormir.

Une fois de plus, Hélène n’a pas obéi à ses impulsions ; toute sa vie est faite de contrordres. Maintenant Édouard est mort. Son image, poétisée par le souvenir, frémit dans les mémoires comme une herbe folle. Hélène voudrait avouer sa vérité à ce reflet humain qui vient la visiter.

« — Je suis une femme normale, Édouard… Et puis il y a ces gestes à faire, ces paroles à prononcer… Et la multitude qui ne veut pas comprendre. »

Cette odeur est insupportable. Leurs corps redeviennent une lamentable combinaison chimique.

« Nous nous décomposons, songe Hélène. À la queue leu leu… »

Elle voit danser dans l’ombre leurs quatre charognes, ensorcelées par les cheveux d’Édouard.

Les pensées d’Hélène ont réveillé la mère, qui ne s’aperçoit pas qu’elle ne dort plus.