Et la mère lui adresse un sourire reconnaissant. Elle aime son mari de toutes ses forces. Ils arrivent l’un et l’autre du fin fond de leur jeunesse. En ce temps-là, le monde était autrement : il tournait plus lentement.

La mère sent contre sa hanche les fesses d’Hélène. La chaleur de sa fille force ses flancs, et lui communique un bien-être mystérieux. La mère approche son visage de la chevelure rousse où la brillantine balbutie une odeur lubrifiante.

« Ah, se dit-elle tristement, le parfum de ses cheveux a changé comme leur couleur. »

Que sont devenus les fins cheveux blonds parcourus par une lumière de nickelage ? Ils sentaient le lait tiède… Chaque fois que la mère fait bouillir du lait, elle évoque la fine chevelure d’Hélène. Et puis voilà… Hélène a vingt-cinq ans.

Les filles c’est ça, on ne les voit pas grandir nous autres mères, et voici qu’un jour elles nous font une fausse couche.

Il semble à la mère qu’Hélène ne sera jamais tout à fait une grande personne, un phénomène complice la conservera jeune. Elle est faite avec de la viande d’enfant qui ne peut pas mûrir. Ses chairs sont dures et lisses comme une pomme verte. Ses cheveux seuls ont vieilli. Ils se sont durcis, comme la tige de l’oignon lorsqu’il monte en graine. C’est dommage. La mère ne voulait pas qu’Hélène se fît teindre. Elle lui a dit :

« — Des cheveux qu’on teint, c’est pas plus qu’un pinceau. »

Mais ce que les filles ont dans l’idée…

Il faut dire qu’un mannequin est obligé de varier son aspect pour plaire à la mode. Hélène a même dû se laisser épiler sous les bras. Maintenant ça lui fait sous les aisselles plein de picous sombres comme à une volaille mal buclée.

Mannequin ! c’est un métier qui paie bien, mais la mère aurait préféré que sa fille fût institutrice. Seulement Hélène n’a jamais aimé l’étude… Au fond la mère comprend, parce que, elle non plus, n’aimait pas l’étude. À quatorze ans elle était déjà en place, dans un hôtel savoyard où des couples magnifiques venaient se dire des choses d’amour.