Hélène pousse un second cri, plus plaintif ; un cri d’égorgé qui vomit sa dernière bouchée de sang, un cri obscur et triste qui pend, tué, au bout des lèvres.
« Mon Dieu ! se dit la mère, peut-être rêve-t-elle que nous allons être arrêtés. »
Doucement elle secoue le bras d’Hélène et dans Hélène il doit se produire comme un message en morse.
— Hem ? fait-elle, avec le nez.
Son éveil provoqué est une question.
Voilà, le rêve doit être coupé en deux comme un ver, il se tortille dans la mémoire de rêve d’Hélène et cesse de l’effrayer.
La mère retient son souffle, Hélène se rendort.
Est-ce « qu’ils » font du mal aux femmes ?
« Ils » ne peuvent pas les fusiller en tout cas. Hélène n’a rien fait. Bien sûr, elle a fréquenté un officier allemand, mais ce n’est pas un crime. M. Otto était un homme comme les autres et, dans un sens, mieux que les autres. Il ne disait pas de mal des maquisards, il avait même l’air de mépriser la tenue de milicien de Petit Louis.
« — Je vous souhaite notre victoire », murmurait-il parfois de sa belle voix distinguée.