C’est stupide de poser cette question à quelqu’un qui boit à un robinet. Pourtant le père ne sourit pas.

Il répond d’un air de vieux :

— Non je ne dors pas ; c’est le canon.

Il est rassuré par le canon. Tant qu’« ils » se battront, les habitants de cette chambre ne craindront rien. C’est après qu’on leur fera rembourser la bataille.

Donc le canon est blanc.

Il devait y avoir une nappe immense de blanc stagnante en lui et ça lui tenait lieu de sommeil et de rêves.

« Tout est blanc, décide le père, blanc et lisse, avec des illusions de formes et de couleurs par-dessus. »

Il faudrait pouvoir ne pas penser avec des mots. Le père voudrait subir des sensations, sans les qualifier. Par exemple, il écouterait le canon et son corps seul éprouverait le bruit. Il ne penserait pas : « Voilà un coup de canon. » De cette façon les choses revêtiraient une importance relative et ne se répercuteraient pas dans l’intelligence des hommes.

Les hommes s’usent à penser les multiples manifestations naturelles de la vie.

Le père s’enlise dans ses réflexions. Il patauge dans l’inaction comme dans de la boue. Pour se rafraîchir le cerveau il va à la croisée.