— Il n’y a pas d’avenir, murmure le garçon. L’avenir c’est une erreur des hommes.

On entend grésiller la pipe. Le ciel est tout rouge. Par moments il s’élève, rageur, et puis s’affaisse comme de la peau de lait bouilli. La mère remarque :

— On voit presque comme en plein jour.

Hélène regarde :

— C’est vrai.

La rue tourbillonne dans les lueurs ; on aperçoit les magasins fermés, en bas. Et des alignées de fenêtres où s’écrasent des figures rouges. La rue se met à vivre. On se croyait seul, et puis non, il y a des milliers de gens qui ne se battent pas et qui « les » espèrent.

Le père revient à son idée.

— Quand on regarde par l’autre bout, dit-il à Petit Louis, c’est plutôt toc, votre milice, à cause des Allemands… Vous avez adopté leurs idées. Des idées au sujet desquelles la France a fait la guerre avec le monde entier derrière elle.

Petit Louis hausse les épaules :

— La France n’a plus compris pourquoi elle faisait la guerre. Et n’as-tu pas plutôt l’impression que c’est elle qui suit le monde ? Le monde ! Il faudrait refabriquer les mots, tous les réviser. Le monde !