L’incendie profite de la fin de la nuit pour s’épanouir démesurément. Il se couche sur la ville et la lèche sauvagement.
Tout de même quatre heures est une heure bien respectable. Ils se préparent au jour. Le visage de la mère semble avoir bouilli toute la nuit. Les chairs sont blêmes et toutes prêtes à s’effilocher. Deux larges cernes grisâtres pendent sous son regard. Ses yeux sont comme deux clous après quoi la figure molle est accrochée.
Le père fait songer à un vieux cabotin, grimé pour interpréter un rôle d’explorateur égaré. Il a, dans le regard, la résignation modeste des enfants battus. On le devine tout prêt à vomir les mauvaises pensées qui se sont agglutinées à lui pendant la nuit. Il est rentré dans le noir, hier au soir, massif et musculeux comme un voilier neuf, il en ressort meurtri dans son aspect, mais intact dans ses formes.
Petit Louis s’apparente à un musicien d’orchestre prétendument argentin, regagnant son domicile au petit jour. Il possède un visage frileux et blanc, qui paraît inachevé. Un visage sur lequel on aimerait peindre des expressions de vie. Ses cheveux noirs lui emboîtent la tête comme un béret. Il est tout renfrogné là-dessous, tout crispé.
La mère le regarde d’un air bon.
Le père fiente encore son jus de pipe qui tombe en s’enroulant et produit un bruit de limace écrasée.
« Et moi, se questionne Hélène, quelle touche puis-je bien avoir ? »
À force d’examiner les autres, elle finit par ne plus se percevoir. C’est un peu comme si elle s’absorbait. Il ne lui reste plus qu’un très vague arrière-goût d’elle-même au fond de la bouche.
Sa tête ressemble à ces boules rousses qu’on découvre dans les buissons au printemps. Hélène pense à ses seins entre lesquels il fait si chaud. Ce matin exhale la chaleur contenue dans son corsage. Il croupit dans une nuit crevée déjà par les yeux de l’aurore. La mère contemple toujours son fils.
« Comme elle l’aime ! » remarque Hélène.