L’aube dévoile le visage mou de la mère. Un vent léger souffle sur la nuit et la nuit s’éparpille comme la boule duveteuse du pissenlit. La tête de la mère paraît composée dans une substance en train de changer d’état. On distingue des tavelures jaunes sur ses joues. Elle pend du haut en bas comme un sapin.

Hélène va pour penser quelque chose au sujet de sa mère, mais le regard mauvais de Petit Louis entrave le cours de ses réflexions.

À ce moment des mitrailleuses se déchargent, pas loin. Leur bruit trépidant frappe sur le matin humide. Lorsqu’il s’interrompt, Hélène dit à son frère :

— J’ai trouvé ! Toi tu regardes tes semblables comme si tu devais les tuer. Tu parais chercher l’endroit de leur individu où la vie est le plus exposée.

Petit Louis hausse les épaules.

Le père inspecte la chambre avec curiosité ; elle revêt une physionomie nouvelle sous la caresse du jour. Les objets n’ont plus le même relief. Certains apparaissent et s’imposent, d’autres au contraire s’en vont. Les meubles pénètrent languissamment dans leur monotone utilité. Un lit en fer, une commode, la table, l’évier, garnissent cette pièce où un humble bonheur pourrait se soustraire à la convoitise des foules. Mais le matelas étendu à terre gâche tout. Ce matelas représente quatre destins traqués. Il conserve encore le souvenir du corps de Petit Louis.

La mère est mal à son aise. Elle annonce :

— C’est triste de ne pas se sentir chez soi.

Elle commence fréquemment ses phrases par : « C’est triste »…

Les murs de la pièce sont hostiles. Ils se dressent comme des falaises implacables, meurtrissant les regards.