Hélène se dit :
« C’est un garçon stupide, un magnifique garçon stupide, mais cet être falot est auréolé par la gloire d’une noble cause. »
Elle l’embrasse. Les joues du garçon ont une odeur moelleuse de crème à raser et d’air frais. Il la saisit par la taille et l’entraîne. Sa main verse une semence humaine dans le corps d’Hélène. Elle avance dans le pas de l’homme, chavirée par la douce chaleur qu’il dégage.
À cet endroit, un attroupement cerne un magasin. Deux hommes se font la courte échelle. Le porté administre des coups de hache dans un panneau fixé au sommet de la porte. La foule l’encourage par des cris féroces.
— Qu’y a-t-il ? questionne Hélène en pénétrant dans le demi-cercle de badauds.
Un vieux monsieur la renseigne :
— C’est un local du P.P.F.
Le bonhomme à la hache démolit le portrait de Pétain, rageusement cloué par quelques sbires de Doriot. La figure placide du vieux dieu part en éclats de bois ; sa mutilisation s’accentue, il ne reste bientôt plus qu’une caricature galonnée que la rage du peuple n’abandonne pas.
— Ils démolissent leurs erreurs, chuchote le vieux monsieur. À coups de hache ils se frayent le chemin de l’oubli.
Le marin entraîne Hélène. Plus loin, un autre magasin est pareillement cerné ! Cette fois, il s’agit d’un gros drapier collaborateur que l’on aperçoit, blême d’épouvante, derrière la grille de sa vitrine.