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Je viens soudainement de comprendre pourquoi je vous raconte tout cela. Et c'est diablement reposant, la compréhension. Je pense que ma vie, à cause de ce drame, devient comme une sorte de roman. Je ne peux plus vivre un roman. Je ne peux plus. C'est trop lourd pour moi. Je m'en débarrasse d'un coup de reins, comme d'un colis dont les ficelles claquent. Voilà pourquoi j'avais envie d'éveiller Marie-Thérèse, ce matin, et de lui montrer mes mains de meurtrier, qui ressemblent perfidement à des mains faites seulement pour servir de mains. Je vivais un roman tout seul, votre roman maintenant ; c'est trop difficile, je n'ai pas de spectateur en moi, je ne suis pas fou. Pour supporter un roman, il faut se sentir multiple.

Vous allez tout savoir, et puis tout oublier, et moi aussi peut-être, entraîné par votre indifférence.

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Le maçon laissa sa bicyclette devant la porte et nous nous engouffrâmes à l'intérieur de la maison morte. Il y avait un couloir plein de plâtras, encore tapissé d'un papier sans couleur, et puis, au bout, une salle au plafond crevé sur les murs de laquelle on apercevait un Règlement pour les débits de boissons et les réclames du Cinzano.

Une trappe dans le plancher. Un escalier de six marches. Nous fûmes dans la cave. C'était plutôt un trou dans des ruines. Nous nous y terrâmes. Et alors il y eut la bombe, mais je ne peux pas vous expliquer, ni personne, ni même le type qui avait inventé cette bombe et composé ses effets avec des formules.

Quelque chose d'énorme et de trop fort. Un bouleversement et du bruit. Le bruit du bruit. Du bruit chimique. Le diamant, oui, le diamant fait bruit.

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Nous nous retrouvâmes serrés l'un contre l'autre, le maçon et moi. Crispés. Nous attendions une suite, il n'y en eut pas.

Je claquais des dents et j'avais envie d'uriner comme lorsque, enfant, je jouais à cache-cache.