Dans la cave, j'étais tellement assommé par l'obscurité que je croyais voir danser au plafond des disques de lumières pétillantes. Ces disques s'élargissaient démesurément ou s'étrécissaient jusqu'à devenir une étincelle. J'avais beau fermer les yeux et les rouvrir, le phénomène continuait.

Je demandai au maçon :

— Vous ne voyez rien en haut ?

Il répondit que non et poursuivit la narration de son histoire. Comme elle n'avait pas de suite, il la recommença…

* * *

Je m'appelle Antoine Ragosin et le fisc a décidé que j'étais écrivain. Je sais maintenant que je suis Antoine Ragosin depuis toujours, pour moi-même et pour les autres, et que je le demeurerai toujours contre moi et contre les autres. Mais il aurait suffi que j'éveillasse Marie-Thérèse, ce matin, afin que tout changeât pour les autres.

Lorsque quelqu'un pense à moi, il voit mon visage allongé, mes lunettes derrière lesquelles s'affolent mes yeux myopes, mes cheveux roux. Surtout mes cheveux roux. Cette tête, c'est la tête rassurante, permanente, immuable, définitive d'Antoine Ragosin, brave type. Mais si mon meurtre était connu, elle cesserait d'être paisible comme un paysage pour devenir la tête du crime. Mon acte remonterait jusqu'à mon berceau et personne ne se souviendrait que j'ai été un brave homme.

* * *

Après la vie du maçon, il y eut un long silence.

Il ne pensait pas à réclamer la mienne, et je n'éprouvais nul besoin de la lui raconter.