Alors, dagada pon, dagada pon. Comme ça jusqu'à ce qu'on s'habitue et que le malaise vienne de ce qu'on ne l'entende plus.

Les hommes sont bêtes.

* * *

Désormais, la nuit, Adrien Druet rêva avec une sorte d'allégresse. Ses songes devenaient presque des projets. De temps à autre, il s'arrêtait de rêver pour écouter la respiration de son oncle. Le vieillard avait un souffle bref. Ses poumons devaient être usés et ses os ressemblaient sans doute aux poutres campagnardes rongées par les vers.

Druet pensait à sa putain. Timidement, il l'avait introduite dans son avenir comme un collégien hésitant présente sa petite amie à sa famille. Il la transformerait. Un bon bain d'eau chaude avec du savon noir, du savon à chien. Puis un bain de lait, comme Mme Stawisky. Puis des parfums chers dont les noms ressemblent à des titres de poèmes. Puis des dessous en soie rose pour s'y accrocher les ongles, et alors, par-dessus cette hygiène, par-dessus cette douceur, par-dessus cette armature parfumée et tiède, il mettrait des toilettes coûteuses. Et il promènerait ce chef-d'œuvre dans une automobile au capot long comme un museau de lévrier. Il arroserait la flamme de ses convoitises avec du pétrole et brûlerait ses misères passées dans ce feu dont il serait le maître.

Druet s'endormait béatement. Chaque soir, il espérait que le vieux serait mort le lendemain.

* * *

Ce diable d'unijambiste travaillait comme une fille de ferme. Qui donc a dit que les avares sont sales ?

En un rien de temps l'appartement fut habitable. Le linoléum brilla, on s'aperçut que la faïence de l'évier n'était nullement craquelée ; les araignées allèrent accrocher leur toile ailleurs.

— L'eau ne coûte rien, affirmait Borchin comme pour s'excuser.