— Tu devrais le tuer, décida bonne-maman.
— Je n'en aurais pas le courage.
Jango regarda tristement sa mère qui s'acharnait depuis deux jours à vouloir lui faire tuer des gens et des bêtes.
— Ce lapin, on l'a élevé au biberon, m'man. On avait décidé de ne jamais le manger…
— Je sais bien, soupira la vieille femme, mais on ne pouvait pas prévoir ; comme disait ton pauvre père : l'homme propose…
Zizi éclata en sanglots. Cela fit beaucoup de bruit.
— Ne pleure pas, dit Jango, peut-être qu'il guérira.
— Si on lui donnait de l'aspirine ? suggéra le gosse.
— Dans du lait, fit bonne-maman, des fois que ça lui couperait sa fièvre…
Jango ne voulut pas se prononcer et laissa à sa mère la responsabilité de la thérapeutique. Il alla au jardin. Ses œillets se fanaient avant d'avoir éclos et leurs tiges tournaient en foin. Les abricots tombaient de l'arbre à peine formés. Maintenant qu'il avait compris que le colonel le poursuivait, depuis l'Au-delà, de sa vindicte, il découvrait à chaque pas des signes hostiles.