— Et toi ? ajoutèrent-ils en chœur.
Ils attendirent un peu pour se laisser la parole, puis, voyant que rien ne venait, ils conclurent d'une même voix :
— Pas mal, merci.
Ces choses à dire étant dites, ils engloutirent leurs portions afin de pouvoir se consacrer l'un à l'autre.
Jango vanta le hasard de la rencontre en attendant son camembert, Troumane renchérit tout en absorbant un fluide yaourt ; ensuite de quoi, ils payèrent chacun leur orgie et partirent bras-dessus, bras-dessous.
La terrasse du Georges-V les accueillit. Ils commandèrent des cafés filtres et regardèrent sérieusement comment les années avaient travaillé leur visage. Troumane ressemblait beaucoup à une de ces photographies dont Jango se souvenait. Il était modelé dans une matière spongieuse qui, à l'examen, écœurait. Les deux amis s'étaient connus sur les bancs de la communale. Après une éclipse, ils s'étaient retrouvés au régiment. A vrai dire, ils n'éprouvaient aucune attirance l'un pour l'autre, mais chacun chérissait dans l'autre des bribes émouvantes de son passé.
— Que fais-tu ? s'informa Troumane.
Jango sourit :
— Je suis peintre.
— En bâtiment ?