Jango attrapa la main de sa voisine et la porta à ses lèvres.
— Je crois, dit-il, que vous disposez de votre après-midi ; je serais heureux si vous me permettiez de vous emmener au cinéma.
La dame ne fut pas longue à se décider.
Jango était intéressé par son expérience et ne doutait plus de sa réussite.
Ils prirent un taxi. Le taxi est un instrument de séduction capital et, au fond, peu onéreux. Ils se firent conduire à un cinéma du boulevard des Italiens où l'on donnait Fabiola.
Dans le noir, leurs mains se joignirent. Ils s'embrassèrent bien avant Mme Morgan et M. Vidal. Sans trop tâtonner, Jango trouva la jarretelle de sa compagne.
— Polisson, chuchota la boulangère.
Au bout d'un moment, ils ne surent plus bien quel était leur fauteuil respectif… Des demoiselles à bon Dieu, venues assister au martyrologe des premiers chrétiens, commencèrent à tousser. La plus âgée finit par dire à mi-voix que la France ne se remettrait jamais de la guerre tant que des couples sans moralité ni retenue porteraient le scandale aux yeux de l'innocence et de la pureté.
— Si on partait ? proposa Jango.
La boulangère ne demandait pas mieux… Les pommettes en feu, ils quittèrent le cinéma d'une démarche de funambules.