— Je vous demande pardon, dit Barbara, mais vous devez faire erreur…
Jango ouvrit de grands yeux :
— Ce n'est pas possible, soupira-t-il. Sans blague, Barbara, tu ne me reconnais pas ? Ou c'est histoire de plaisanter ?…
Barbara réfléchit rapidement. Elle subissait la situation et ne trouvait pas la force de réagir. Elle pensa vaguement à une farce montée par un copain. L'arrivant venait de l'appeler Barbara. Le fait qu'il se servît de son surnom avait quelque chose de rassurant. (En réalité, elle s'appelait Albertine.)
Par ailleurs, l'homme avait des gestes et des expressions qui frétillaient dans sa mémoire.
— Parole, assura-t-elle, je ne vous connais pas. Il y a bien quelque chose du côté du nez… Et aussi les yeux… C'est stupide, mais le menton… Faites voir à la lumière…
Jango poussa la porte du studio et s'approcha de la fenêtre. Il offrit son visage au soleil qui ruisselait sur la rue de Rennes. Barbara le scruta, un peu comme on le fait pour un tableau.
— C'est formidable, déclara-t-elle soudain en riant, formidable… Je te jure, Jango, que je ne t'avais pas reconnu. Qu'est-ce que tu as fait ? Tu t'es maquillé ?
Jango exhala un soupir de soulagement.
— Je ne me suis pas maquillé…