— Mais j'y songe ! fit l'inspecteur. Puisque vous allez à la galerie demain, je pourrai peut-être m'y trouver… Cette histoire de Braque m'intéresse et j'aimerais assister au dénouement.

Jango se montra enthousiasmé par cette proposition. Il sentait qu'avec le précieux concours de Pinaud il allait pouvoir apprendre l'A.B.C. de la peinture. Le policier était un professeur incomparable et son enseignement était d'autant plus profitable que, ne peignant pas soi-même, il laisserait à son élève son intégrale personnalité.

Ils se séparèrent après de vives congratulations. Ils étaient enchantés l'un de l'autre…

Comme le train s'ébranlait, Pinaud se rua à la portière en gesticulant ; il venait seulement de se rappeler le motif de sa visite à Jango. Tout à la joie de la création, il avait complètement oublié son enquête.

Jango entendit vaguement les mots : témoignage… deux femmes… juge d'instruction… Mais déjà le convoi plongeait dans la fumée rougeoyante de la locomotive…

Lorsqu'il revint à la maison, il trouva bonne-maman et Zizi très excités.

— C'est incompréhensible ! disait bonne-maman. Le lapin vient de guérir tout de go. Ce matin, il allait tellement mal que j'avais presque envie de le faire tuer par le voisin ; il grelottait de fièvre et restait couché sur le côté. Maintenant, regarde-le : il trotte comme… comme un… lapin !

En effet, le lapin blanc ne semblait plus se ressentir de sa cruelle blessure. Il arpentait la table avec entrain en flairant le vide qui l'entourait. Son nez rose avait recouvré sa mobilité et son œil rouge sa lubricité. Zizi alla lui déterrer une carotte. Il la mangea sans se faire prier, en faisant claquer son bref menton.

— Tu y comprends quelque chose ? demanda bonne-maman.

Jango sourit.