— Voyons, finit-il par dire, le mercredi est mon jour de fermeture…
Jango se moqua de son manque de mémoire et, fort civilement, exprima au boulanger son regret de devoir se servir chez son concurrent.
— Mais pas du tout ! s'écria le brave homme. Pour les amis, il n'y a pas de fermeture. Venez avec moi !
Il le remorqua jusqu'à sa cour, lui fit enjamber des fagots et l'introduisit dans ses appartements en passant par son four.
— Entrez, entrez donc ! N'ayez pas peur, la patronne ne vous mangera pas, faisait le boulanger à la cantonade afin de prévenir sa femme de leur arrivée.
Celle-ci amena un regard par la porte de la cuisine, poussa un petit cri de confusion en reconnaissant Jango, et se dépêcha d'ôter son tablier de caoutchouc.
Elle s'empressa. Jango faisait des courbettes et des sourires avec un petit air gêné qui fit battre le cœur de la boulangère. La brune ardente avait formé dans sa jeunesse le projet de devenir institutrice. Hélas, son niveau d'instruction n'ayant pu s'élever au-delà du brevet élémentaire, elle n'avait pu réaliser cette louable ambition. Elle gardait de cette tentative une vive attraction pour les gens et choses de l'esprit ainsi que pour les bonnes manières. Jango lui plaisait à cause de son exquise politesse, de son visage sérieux et de sa conversation choisie.
— M. Jango ne se souvenait plus qu'on était fermé le mercredi, expliqua le mari. Sapristi, je n'ai pas voulu qu'il aille chercher son pain chez Cudet.
Il cligna de l'œil pour Jango.
— Qu'est-ce que vous diriez si je vous faisais manger du pain blanc, du vrai pain blanc comme avant la guerre ?