Tout en mastiquant, chacun se livra à une large supputation relativement à la cachette du lapin.
— Crois-tu qu'il ait pu grimper l'escalier ? demanda bonne-maman.
Non, Jango ne le croyait pas. Il était pensif et ne s'intéressait que médiocrement à la fugue de l'animal. Il ne sourit même pas en entendant Zizi imaginer tout haut que le rongeur avait creusé rapidement un terrier, avait traversé le village et était allé se dissimuler dans les hautes herbes bordant la Seine.
— Tu vas à Paris cet après-midi ? questionna bonne-maman.
— Oui, fit Jango d'un air sombre. Il faut bien que j'aille toucher ma prime sur le colonel…
— Tu m'emmènes ? demanda innocemment Zizi.
Jango réfléchit. Il se dit qu'il rendrait certainement une petite visite à Barbara. Pendant qu'il serait chez elle, Zizi l'embarrasserait. Une fois, il l'avait laissé chez la concierge, moyennant cent francs, et le gosse avait trouvé le moyen de couper les moustaches du chat angora de la bonne femme. Il s'était ensuivi un véritable drame, à la suite duquel Barbara avait interdit à Jango de ramener Zizi dans le quartier.
— On irait au zoo, suggéra l'enfant. Tu te souviens, la dernière fois, on n'a pas vu l'hippopotame.
Ces exigences donnèrent à Jango le courage nécessaire pour repousser en bloc les projets de son fils.
— Tu resteras ici, décréta-t-il. Je n'ai pas le temps de te promener, j'ai des courses très importantes à faire.