— On le voit pas !
Son visage se partagea, ses joues mangèrent ses yeux : il rit.
— Puisque tu as fait le portrait d'un vieux monsieur, mets-lui une médaille rouge…
Envoûté par son art, Jango ne soupesa l'argumentation que sous l'angle de la peinture. Il se dit que le petit n'était pas bête et qu'en effet, une simple tache incarnat réchaufferait le tableau, donnerait plus de réalisme et de vie au portrait.
Il trempa son pinceau dans un rouge vif, humide et onctueux comme du sang, et décora le vieillard.
Il avait à peine retiré son geste que bonne-maman poussa un cri.
— J'y suis ! Mais c'est le portrait du colonel que tu as fait…
— Oui ! Oui ! glapit Zizi. Le colonel, c'est le colonel…
Jango était devenu tout pâle. Ses mains pendaient le long de son corps comme des branches cassées. Il regarda le tableau et enfla sa poitrine pour un cri.
C'était bien l'œil sévère du colonel qui le fixait, glacial et réprobateur. La personnalité de l'ancien officier débordait de la toile. Du reste, ce n'était plus une toile, mais une présence. Et une présence attentive, scrutatrice, hostile.