— J'aimerais connaître le plaisir que tu éprouves à traîner cette horreur ou à te faire traîner par elle. Moi, à ta place, j'aurais acheté un chien.
— Fiche-moi la paix, bougonna la jeune femme.
Elle serra Flick sur son cœur et le bisota comme pour le réconforter. Mais le chien se moquait des propos malveillants de Maurice et des caresses de sa maîtresse — laquelle, soulignons la coïncidence au passage, se trouvait être épisodiquement celle de Maurice. La tête hors de la portière du train, il humait les beaux jours voluptueusement.
Maurice allait chercher des vacheries à dire lorsque deux dames, plus ou moins en deuil, vinrent s'asseoir à côté d'eux. Après s'être accoutumées à l'ambiance du train, elles hésitèrent entre le tricot et les confidences. L'une tirait déjà sur la fermeture Éclair de son sac lorsque l'autre commença à parler de la jambe articulée de son mari qui le faisait souffrir — ce qui indiquait clairement que le temps allait changer.
La première dame abandonna illico toute idée de tricot et ratifia les prévisions météorologiques de sa compagne en faisant remarquer que les hirondelles volaient bas.
C'est d'ailleurs vraisemblablement ce qu'était en train de se dire Flick…
A quelque tours de roues plus loin, la première dame se mit à pleurer. Prévoyant l'exposé de malheurs intéressants, Maurice fit signe à Barbara de prêter l'oreille.
Comme prévu, la seconde dame s'informa de la raison de ce chagrin. Mais, à sa voix, on devinait qu'elle était au courant de bien des choses.
La pleureuse renifla ses larmes et révéla qu'elle avait bien des tourments avec sa famille : son mari buvait, sa fille s'était mise en ménage avec un sidi, et son fils s'était inscrit au parti communiste.
La dame voisine poussa les interjections qui s'imposaient pour bien faire sentir sa supériorité de femme heureuse. Après quoi, elle aida son amie à trouver une bonne conclusion à ses catastrophes.