Non, Barbara ne savait pas. Elle ne désirait pas le savoir, du moins son geste l'indiquait.
— Il veut que j'aille prendre les bourres par le bras et que je leur dise que j'étais à Versailles hier matin. Pas folle la guêpe, hein ?
Jango fit craquer ses jointures, ce qui était un signe d'énervement. Les craquements furent si sonores que bonne-maman les entendit depuis sa cuisine.
— Si vous ne jacassiez pas comme une petite fille, j'essaierais d'aller au bout de mon raisonnement, s'impatienta Jango. Ne prenez pas la police pour plus bête qu'elle n'est. Votre alibi sera décortiqué avec soin. S'ils s'aperçoivent que vous l'avez truquée, alors vous pourrez redouter le pire. Tandis qu'avec de la franchise vous serez à couvert. Il ne faut pas perdre de vue que le cadavre qu'on vous reproche n'est pas le bon. Tôt ou tard, pour peu que votre avocat insiste sur ce point, le défunt de la morgue reviendra à sa famille. Alors vous serez complètement innocenté. Mais si vous mettez les policiers au courant de notre affaire, vous êtes perdu.
Maurice essaya de protester. Jango ne lui en laissa pas le temps.
— Je dis « perdu » ! Car vous avouez avoir trempé dans la disparition de M. le Colonel. Barbara et moi aurons beau jeu de nous disculper, puisqu'il n'y aura pas d'autres charges contre nous que votre parole. Parole douteuse d'un individu qui aura trompé ou essayé de tromper la police déjà une fois avec un alibi fantaisiste. Vous me comprenez ? Et si on découvre alors que vous n'avez pas tué dans le train de Versailles, on vous conservera néanmoins puisque vous aurez reconnu être mêlé à une histoire de meurtre. Vu ?
Barbara était sortie de son attitude lointaine sur la pointe des pieds. Elle applaudit.
Maurice, fortement ébranlé, baissait la tête.
— Enfin, termina Jango, nous parlons comme si vous étiez sous le coup d'un mandat d'amener. Dieu merci, il n'en est pas question.
Comme il achevait ces mots réconfortants, le bruit d'une chasse à courre arriva du jardin.