Il feuilleta son carnet de rendez-vous, afin de « préparer » le cas échéant ses consultations de l’après-midi.

Il vit qu’un gendarme viendrait en première visite au sujet d’un anthrax au genou ; aussi mit-il en état sa tablette d’opération. Après quoi il sonna Mademoiselle Jésus.

— A-t-on téléphoné ce matin ? demanda Worms.

— Non, docteur, répondit la vieille fille, mais un gamin a apporté un pli à votre nom.

Le docteur s’empara de la lettre, laquelle, on l’a deviné, contenait l’argent et le billet de Claire Rogissard. Sa lecture plongea Ferdinand Worms dans une profonde stupeur : « Cette petite idiote, fit-il tout haut, elle monte toute seule comme du lait sur le feu. Quelle crétine ! Mon Dieu, qu’une femme vindicative est donc méchante, et peu gracieuse dans sa méchanceté. »

Il jeta la lettre au panier et serra l’argent dans le tiroir de son bureau, bien décidé à oublier tous les Rogissard de France. Bien entendu, il n’en fallut pas davantage pour que l’incident lui occupât l’esprit.

— Me voilà remercié, comme un garçon de ferme, songea-t-il, c’est dommage car le cas m’intéressait. Je suppose que le confrère qui me succédera auprès de Rogissard continuera dans mon ordonnance. Il ne peut agir autrement, le chemin est tout tracé, qui aura-t-elle choisi ? Faber ou Grignard ? Enfin nous verrons ce soir ; puisqu’ils dînent chez moi, je leur en toucherai deux mots.

Ferdinand examina sa montre, elle marquait l’heure du déjeuner. À cet instant le colonel frappa d’un doigt timide à la porte de son fils. Le vieillard était en tenue de ville et tenait le petit François par la main.

« Nous allons prendre l’apéritif, le lieutenant et moi, déclara-t-il en désignant l’enfant, nous t’emmenons ».

Worms fit la moue, il n’aimait guère les cafés parce que, disait-il, on y perd son temps sans profit.