Le docteur pénétra dans la cuisine où traînait de la vaisselle sale et qui sentait le conduit d’évier.
— Vous boirez bien un verre de vin ? proposa Rogissard, heureux de trouver un auditeur complaisant.
Selon son habitude, il lamenta sa condition, parla de l’intransigeance de ses chefs, de la dureté de son labeur, de la jalousie de ses camarades, de l’indifférence de sa fille. Il critiquait Claire d’être revenue, alors que Paris lui tendait mille occasions de travailler. Vraiment, elle avait un caractère difficile.
Peu importait à Ferdinand qu’on brossât un vilain tableau de son amour, l’essentiel était qu’on en parlât. Il se délectait du nom de Claire. Et il regardait l’employé de gare avec une tendresse filiale. Il le trouvait touchant, pitoyable et même pittoresque avec ses épais sourcils en bataille et ses yeux fondants pareils à ceux d’un barbet aveugle.
— Que va-t-elle faire maintenant, grommelait Rogissard, sans ouvrage ici, dans un aussi fichu pays ? Je serai obligé de la nourrir pour sûr.
— Va-t-elle bientôt rentrer ? coupait le médecin à tout moment.
— Oui, je pense, puisque voilà la nuit.
Worms tressaillait au moindre bruit. Chaque fois il souhaitait que ce ne soit pas elle tant son émotion croissait. Il se disait que l’apparition de la jeune fille le ferait tomber en défaillance.
Lorsque Claire survint, une heure plus tard, Ferdinand eut un grand sourire soulagé.
Elle réprima un tressaillement à la vue du docteur et elle fut envahie par une grande joie car il était l’être qu’elle désirait le plus rencontrer.