Je n’ai aucune peine à la découvrir. C’est une grande bâtisse entourée de murs et fermée par une jolie grille.

Une infirmière, développée à bloc du côté des balconnets, répond à mon coup de sonnette. Mon regard ne parvient pas à lâcher son corsage. Il insiste tellement que la pauvre fille rougit, se met à bredouiller quelque chose en flamand.

C’est le genre rougeaude-appétissante. Elle ne doit pas faire trop de manières lorsqu’un dégourdi lui propose de voir ses estampes japonaises ; mais ça ne doit pas être une fortiche sur le chapitre des doigts de pied en bouquet de violettes. Des filles-ruminants, j’en ai connu déjà des tombereaux et je sais comment il faut leur parler.

— Vous êtes adorable, mademoiselle, dis-je d’un ton fervent, excusez mon trouble, mais j’ai été si surpris de me trouver nez à nez avec une jeune fille comme vous !

Elle ne rougit plus car elle est au maximum de sa coloration, mais sa pomme d’Adam se met à danser et ses cils battent comme s’ils faisaient du morse.

Elle est juste à point pour que je lui joue ma grande scène du trois.

— Permettez-moi de me présenter : Richard Dupond, journaliste. J’appartiens à la rédaction de L’Étoile belge et c’est tout à fait par hasard que je me suis trouvé à proximité du restaurant où, tout à l’heure, a été perpétré un attentat contre des officiers de l’armée d’occupation. Seule une jeune fille a été atteinte, je crois ?

Elle fait un petit signe d’approbation.

Je réprime un sourire : je brûle. Et je brûle même tellement que ça doit sentir le roussi. Cette môme gobe tout ce que je lui bonnis.

— On l’a amenée ici, n’est-ce pas ?