Je respire à pleins poumons lorsque les bourrasques s’interrompent. Je donnerais tout le mur de l’Atlantique pour me trouver dans un petit coin de France, en tête à tête avec une bouteille de vin vieux, un fin gueuleton, ou une souris confortable du côté des roberts.
— Pardon, monsieur, avez-vous du feu ?
Je sursaute et me retourne. C’est une phrase banale mais que je n’aime pas entendre prononcer dans le noir lorsque je suis seul.
J’aperçois une jolie silhouette de femme et, malgré l’obscurité, j’ai l’impression que le visage qui l’agrémente doit être plus agréable à contempler qu’un kilo de pommes de terre.
— À votre service, dis-je.
Je sors mon briquet et présente sa flamme vacillante à mon interlocutrice. Seulement, avec le vent qui souffle de plus en plus fort, j’aurais plus vite fait de traverser la Manche sur un pédalo que d’allumer sa cigarette. J’entrouvre mon pardessus et elle se blottit contre moi. Cette môme à un parfum qui ferait danser le swing à un couvent de moines. Je la respire à plein pif. C’est du sérieux comme odeur, si ça ne sort pas de la rue de la Paix, moi je suis le cousin germain de Goering !
La môme me remercie et s’éclipse. Le temps que je trouve quelque chose à lui dire pour la rambiner et elle a évacué mon horizon.
Je continue ma promenade en reniflant ce parfum subtil avec une pointe de mélancolie. Déjà cette brève rencontre se désagrège dans ma mémoire. Il ne reste en moi que ce vague sentiment triste et mélodieux, que cette silhouette imprécise, que cette douce odeur…
Je remets le briquet dans ma poche. Alors ma main touche un objet insolite qui ne s’y trouvait pas cent vingt secondes auparavant.
Je le palpe curieusement avant de l’extraire de ma profonde. C’est de la dimension d’une grosse boîte d’allumettes et c’est assez lourd. Je le prends et l’approche de mes yeux. Il s’agit d’un petit appareil photographique.