Comme je repousse la porte donnant sur les communs, j’entends un bruit de bottes martelant les marches. Nous sommes dans une courette encombrée de matériaux divers ; j’ai vite fait de repérer l’escalier de bois. Nous le gravissons en quatre enjambées et nous atteignons le grenier. Il est immense. Comme tous les greniers du monde, il abrite des vieux lits de fer, des malles, des haricots secs, des vieilles voitures d’enfants et des tuyaux de poêle rouillés.

Il prend le jour par une « tabatière ». Ça tombe pile, car il y a un lampadaire dans la rue, à hauteur du toit, ce qui éclaire suffisamment le grenier pour que nous puissions nous y diriger.

Au fond se trouve bien la fausse fenêtre dont a parlé la grosse cabaretière. Je m’y précipite. Puisqu’elle est truquée, elle doit comporter un loquet quelconque permettant de l’ouvrir…

Je tâtonne fébrilement et j’empoigne l’espagnolette. C’est une bénédiction : la fenêtre en toc s’ouvre comme une vraie fenêtre ! Nous pénétrons dans une minuscule pièce grande comme une cabine de barlu. Je repousse la fenêtre. Je découvre alors derrière elle une grande pièce de bois qui, une fois placée en travers, la ferme hermétiquement de l’intérieur. C’est bien le diable si les Fridolins viennent nous cueillir ici !

Nous n’y voyons absolument rien, et je n’ose battre le briquet, de crainte qu’un rais de lumière ne trahisse notre présence.

Laura me dit qu’elle vient de découvrir un lit. Nous nous asseyons, l’un à côté de l’autre, et nous attendons. Nos palpitants cognent si fort que nous avons l’impression d’être aux bords d’une cascade. Le temps s’écoule plus lentement que partout ailleurs dans le noir.

Enfin, un pas retentit. Un pas traînant, lourd et rassurant.

— Ouvrez, me dit l’hôtesse, c’est moi.

J’obéis.

Elle tient une torche électrique et sourit.