— Non. Nous ne nous sommes pas manifestés. J’ai demandé au professeur de garder sur cette affaire le secret le plus absolu. En débarquant chez lui, les photographes et les gens du labo en tête, nous risquions d’effaroucher le voleur de formules…, tout au moins de le mettre sur ses gardes. L’affaire me paraît sérieuse. Je me suis contenté de faire surveiller Héléna Cavarès, discrètement…
— Héléna, c’est le nom de la secrétaire ?
— Oui. Je vous attendais pour vous confier cette enquête.
— Merci !
Il se lève.
— Venez !
Il m’entraîne dans une petite pièce sans fenêtre, que je connais bien : c’est la salle de projection. Je prends place dans un fauteuil, et il déclenche l’appareil après avoir éteint la lumière.
Décidément, je me paie du ciné, aujourd’hui. Tout d’abord, l’écran est traversé de zigzags sombres, puis ce sont des écheveaux d’ombres, enfin ça se tasse, et je découvre un trottoir avec des gens qui vont et viennent.
— Nous avons filmé Héléna Cavarès à son insu, fait le patron. De cette façon, vous allez pouvoir prendre un premier contact avec elle. Tenez ! s’écrie-t-il, la voici !
Je suis obligé de me cramponner à la rampe pour ne pas m’écrouler. La fille que je vois déambuler sur le petit écran est ce qu’il y a de plus sensationnel sur cette planète en fait de beauté. À côté d’elle, la plus photogénique des stars hollywoodiennes ressemble à une marchande de crevettes. Elle est de taille moyenne, et son corps est littéralement sensationnel. Elle a son taf de rondeurs. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve que la rondeur est à la femme ce que le papier bleu est à l’huissier. Elle est munie en flotteurs. Quant à son minois, parlons-en ! Des cheveux noirs roulés en demi-couronne, des pommettes délicates, des yeux de biche…