— Vas-y toujours… C’est pas une histoire de Père Noël ?

— Presque…

Il vide son verre afin de se donner du cran.

— V’là, commence-t-il. L’autre jour, je reçois un coup de fil d’une souris. Elle me fait une proposition.

« Je palpe un gentil pacson pour ouvrir un coffre…

« Je passe sur les salades qu’elle me raconte. Elle est tuyautée sur ma petite vie aussi bien que moi, j’en suis soufflé… Elle connaît sur moi des trucs… Hum… intimes, et me menace de les révéler aux flics… Pardon, à la police, si je ne marche pas… Du reste, mon job est simple : je force le coffre et c’est tout. Elle me dit que je ne dois absolument rien prendre de ce qu’il contient et que, du reste, il ne renferme pas de blé ni de valeurs. Je l’ouvre et je me taille, c’est marre. Elle m’indique l’emplacement exact, c’est dans le burlingue d’un vieux prof… Il y a un dispositif d’alarme par cellule photo-électrique, mais elle me rencarde sur le coupe-circuit. J’ai l’heure où la crèche est vide et où le gardien bricole dans sa loge. Du tout cuit… Le lendemain, je reçois un « à valoir » sur le montant de mes émoluments. Tout est recta… Il ne reste plus qu’à se mettre au tapin… »

Il se tait. Je réfléchis… Le garçon rince ses verres derrière le bar… Le silence se prolonge… On entendrait penser un gendarme.

— Bon, je murmure, ton truc m’a l’air bizarre, c’est pas ton avis ?

— Si. Je voulais pas marcher, mais la gonzesse est vachement persuasive… Et puis, c’était correct comme frais de déplacement. Enfin, vous savez ce que c’est ? Les temps deviennent durs.

« Je me suis dit que, du moment qu’il n’y avait rien à piquer, je pouvais risquer le paquet… »