Je bâille et soupire alternativement. Entre nous, je peux vous confier que je me sens désorienté, et vide comme la bouteille de champ que m’ont apportée mes collègues.
Mais laissez-moi me reposer quelque temps. Ensuite, je regagnerai Neuilly et je dirai à Félicie de me confectionner des rognons au madère, because c’est là mon aliment favori.
On a beau être un terrible, un as du contre-espionnage, un avaleur de balles, il y a des moments où l’on a envie de se faire dorloter. Aussi, tout San Antonio que je suis, je me dis comme ça qu’il me faudra pas mal de séances dans les permanents des boulevards pour que j’arrive à oublier la môme Julia.
Pourquoi une sirène pareille va-t-elle se faire espionne ; vous pouvez me le dire ?…
Quand je pense à ses cheveux dorés, à ses yeux limpides, à son sourire d’archange, je deviens tout bizarre. Je m’entortille dans du papier de soie. Je joue à Roméo. Je suis prêt à relire Musset, Lamartine et tous les mecs qui ont écrit des chouettes trucs sur l’amour, simplement parce que des poupées ont pris leur tirelire pour une demi-livre de pâté de foie.
Ça doit venir de ma faiblesse du moment…
Un de ces quatre, je vais remplacer la balle qui manque dans mon magasin de quincaillerie, et je vais me remettre au boulot.
Et plus il y aura de la casse, plus ce sera drôle.