Dans le style de Roméo
Le temps que je passe à roupiller, je ne saurais vous le préciser. Lorsque je me réveille, je suis en sueur et j’ai le souffle brûlant ; c’est que l’air n’est pas des plus abondants, ni des plus salubres dans ce placard à la gomme. Je n’ose faire un mouvement car j’ignore si la cabine est habitée. Je déblaie doucement le linge accumulé contre la porte et je pose mon oreille contre le bois. Je n’entends rien, sinon le bruit des vagues et le ronron du navire. Qu’est-ce que je risque ? J’assujettis le petit pétard dans ma main et je pousse la porte. La cabine est vide. Je regarde la pendulette scellée à la cloison ; elle marque dix heures ; le hublot est noir et je me replonge dans le meuble, l’unique solution étant d’attendre les événements.
Les minutes passent, puis les quarts d’heure, puis les heures. Il ne doit pas être loin de minuit quand j’entends s’ouvrir la porte de la cabine. Deux personnes entrent. J’ouvre tout grands mes plats à barbe pour ne rien perdre de leur discussion. Je reconnais les voix d’Else et de Bruno. Et voilà ce que ça donne :
— Fatiguée ? demande le séducteur maison.
— Énervée plutôt.
Il doit s’approcher d’elle et essayer de lui faire une démonstration de mimis mouillés car je l’entends qui proteste.
— Tiens-toi tranquille, Bruno. Que diable, j’ai autre chose en tête.
Lui se met à discuter en italomuche, il roucoule comme un vieux ballot de pigeon, mais ça ne rend pas.
— Tais-toi donc, trépigne-t-elle. Tu ne comprends donc pas qu’il y a un temps pour tout ? En ce moment, je suis préoccupée, tiens, verse-moi un doigt de cognac et va te coucher.
Un petit frémissement me parcourt l’échine. Si le beau ténébreux s’aperçoit que la bouteille a disparu, ne va-t-il pas flairer quelque chose de louche ?