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— Excuse-moi, dis-je à Else. Je n’ai pas pour habitude de bousculer les dames, mais tu as, comme on dit dans la littérature d’aujourd’hui, créé une situation d’où il fallait que je sorte. Maintenant, pour te prouver que je ne suis pas ici pour jouer à la main chaude, tu vas jeter un coup d’œil par terre.

Elle obéit, son visage devient vert.

— Ils… ils sont… morts ? questionne-t-elle.

— La momie de Ramsès II ne l’est pas davantage, assuré-je. Ceci pour que tu te mettes bien dans l’entendement que j’en ai marre de tes gamineries. Je n’aime pas la bagarre, mais lorsque je m’y mets, on ne peut plus m’arrêter. Et je peux t’assurer que si je n’ai pas les plans dans cinq minutes, ton bateau du diable ressemblera plus au Père-Lachaise qu’à un yacht de plaisance.

Tout en parlant, je me suis emparé de ses bas qui traînaient sur un siège et je lui attache les bras et les jambes avec.

— Que vas-tu me faire ? balbutie-t-elle.

— C’est selon. Si tu ne me donnes pas les plans, je te liquide. Et tu ne t’en tireras pas avec du plomb dans la viande, c’est bien trop expéditif pour une roulure comme toi : tu sais, ma mignonne, j’ai de l’imagination, je peux mette le feu à tes fringues, t’arracher les tifs ou t’enfoncer des aiguilles sous les ongles…

Je lui débite mon petit boniment sur le ton glacé. Intérieurement, je jubile parce que ça prend. Cette cocotte me croit vraiment capable de mettre ces promesses à exécution.

Elle me désigne du menton une gravure fixée à la cloison qui représente un paysage hollandais.