— Parce que… vous savez bien… Vous êtes un homme correct. Je voulais… c’est idiot, j’avais besoin de vous dire ce que je pense de vous. Eh bien, c’est cela.
J’appuie sur le champignon.
Ce que la vie est crétine, vous ne trouvez pas ? C’est bien ma chance à moi : rencontrer une femme qui me pige, que je pige, qui est plus jolie que toutes les Miss Univers collées à un bâton, sentir que nos deux palpitants battent sur le même rythme, avoir envie d’empoigner cette petite chose ravissante et de lui susurrer des phrases-bibelots, et n’avoir, en fin de compte, que le droit de la boucler et de soupirer parce que cette pièce unique est marida à un chic type… C’est plutôt moche.
Sérieusement, j’en ai un coup dans l’aile. Ce que j’éprouve ne ressemble pas à du vague à l’âme, c’est bien plus compliqué. Enfin, vous devinez ce que je ne dis pas. Si vous ne comprenez pas, c’est que vous en tenez une drôle de couche.
Pour faire diversion, je me concentre sur mon volant. Nous ne disons plus un mot, si bien que lorsque nous atteignons Rome, il faudrait presque un chalumeau pour me dessouder les lèvres.
— Le train de notre ami arrive à quelle heure ?
— Quatre heures.
Je consulte la pendule du tableau de bord.
— Très bien, dis-je, nous n’avons qu’une demi-heure de retard. Nous retrouverons M. de Pival à l’ambassade, je me débarrasserai des plans, ensuite nous irons nous taper la cloche potablement. J’ai du pognon à toucher à la Banco di Roma, c’est moi qui régale. Comme je ne sais pas parler l’italomuche, vous composerez le menu, O.K., Jeannine ?
— O.K., commissaire.