Deux infirmiers me coltinent dans les étages, on m’allonge dans un bon lit chouettement rembourré.
Le médecin-chef soigne ma blessure du bras. Je lui souffle quelques mots pour achever son éducation et il incline la tête en guise de réponse. Cet homme-là saisit rapidement ce qu’on attend de lui.
Enfin on me laisse.
Avant de quitter la chambre, Favelli me donne un aperçu des précautions qu’il va prendre pour garantir ma sécurité. Il y aura tout d’abord une demi-douzaine de poulets chez le concierge, afin de surveiller les entrées, puis deux autres, déguisés en infirmiers, dans le service.
Il me semble que c’est O.K.
Je me dis que j’ai la nuit devant moi, puisque les journaux ne paraîtront que demain matin. Je peux donc me laisser dorloter jusqu’à l’aurore.
Une bonne sœur m’apporte une raie au beurre et des endives en salade. Je me tape le tout et je lui demande si, des fois, il n’y a pas, dans cet hôpital, d’autres alcools que ceux qui servent à nettoyer les bistouris. La petite sœur sourit et revient avec un flacon de Cointreau. C’est un peu faiblard comme digestif, mais je m’en introduis tout de même une vingtaine de centilitres dans l’estomac.
Et maintenant, je pourrais peut-être en écraser, non ?