— Bonjour, commissaire, gazouille-t-elle.
Pour une surprise, c’est une surprise. Rarement je n’ai éprouvé un tel saisissement. Néanmoins, je fais assez bonne figure.
— Bonjour, gamine, lui dis-je Alors, vous me connaissez ?
— Il paraît ! Mais entrez, je vous prie !
Je fais quelques pas à l’intérieur d’un hall somptueux, couvert d’un tapis aussi épais qu’une tranche de glace napolitaine.
Elsa ouvre une porte vitrée et s’efface pour me laisser passer. Le mieux à faire est encore de jouer le jeu. Je pénètre dans la pièce qui est un grand salon, meublé comme un cinéma. Il comporte une demi-douzaine de fauteuils clubs et un piano à queue. Il y a un type dans chaque fauteuil, et un septième qui a du goût pour le romantisme est accoudé au piano. Tout ce monde-là, parmi lequel je reconnais mes tueurs de la falaise, demeure grave et silencieux, avec un pétard sur les genoux. Charmante réception.
Je me retourne : Martinet tient un superbe Luger, flambant neuf, à la main. Et le canon de cette arme est dirigé vers mes reins.
Je hausse les épaules.
— Ah ! bon, dis-je, c’est un guet-apens !
— Tu l’as dit, joli, me rétorque le pseudo-Martinet. Alors c’est toi, le fameux Antonio ? Trompe-la-Mort ? L’as des as ? Le dur des durs ? Qui se laisse fabriquer comme une pauvre cloche…