Je plonge dans le sommeil la tête la première.

*

Je me réveille vers la fin de l’après-midi. J’ai la bouche triste comme si j’avais mangé un édredon. Pour combattre ce malaise, j’empoigne la bouteille et je lui dis deux mots dans le tuyau du goulot. À ce moment-là, je m’épanouis comme un massif de glaïeuls en été. Mes idées se remettent en place comme les chevaux savants du cirque Bouglione. Je m’habille, je m’envoie un coup de vaporisateur, au cas où je rencontrerais une dame qui aurait perdu son chemin, et je décide de rendre une petite visite de politesse au zèbre de la morgue qui prend la rue Paradis pour le Père-Lachaise.

Croyez-moi, ou ne me croyez pas, le spectacle n’a rien de folichon. Le pauvre garçon fait une drôle de tête, si l’on peut dire, car maintenant il ne ressemble pas à grand-chose. J’ai beau le regarder, je n’en apprends pas plus sur son identité que si j’examinais une collection de caméléons empaillés. Cette enquête me promet bien de la volupté. Et d’abord de quoi est-il mort ? Je pense tout à coup que le directeur de la Sûreté a oublié de me le dire. Je pose la question qui me tracasse au gardien-chef.

— Dites donc, je suppose qu’il n’est pas décédé des suites d’une pneumonie ?

Le gardien rigole.

— Sûr que non ! Le professeur Plassard qui l’a autopsié assure qu’il a été empoisonné à l’acide prussique.

Je dis merci, que ça va bien comme ça, et je m’en vais. Où ? Je n’en sais rien. Peut-être me taper la cloche. Je me sens tout chose. Excepté le petit tube de Celluloïd, il n’y a pas plus d’indices dans cette histoire que de cheveux sur la tête d’un hanneton. J’ai nettement l’impression que, pour apercevoir quelque chose, il faudra que j’emprunte la lorgnette du copain qui fait admirer Marseille aux touristes du haut de Notre-Dame-de-la-Garde.

Mais, je vous l’ai affirmé, je ne suis pas homme à m’avouer vaincu avant d’avoir combattu.

Afin de chasser mes idées noires, je vais me gargariser dans un bistrot où je demande au barman l’adresse d’un restaurant sérieux. Ça fait au moins vingt-quatre heures que mes dents sont en grève. Et Félicie m’a toujours dit que notre cerveau devient aussi désert qu’une salle de conférences lorsque notre tube digestif reste en panne trop longtemps.