Il grince : « D’accord. »
Et quand je vous dis qu’il le grince, il le grince. Parole ! on croirait une girouette un soir de grand vent.
J’ai dû pousser une vache beuglante, moi je vous le dis, car lorsque je quitte le bigophone, tous les clients me reluquent comme si j’étais le sultan du Maroc.
Pour me donner une contenance, je demande au barman de me remettre ça. Puis je palpe ma vague, à la recherche de la cigarette des familles qui calmera ma nervosité.
Il ne me reste que les sèches trouvées dans la turne de Goussenville. Comme je n’aime pas les cigarettes de gonzesse, je demande au garçon un paquet de Gauloises.
Il s’excuse : il ne lui en reste plus.
Je soupire et me décide à enflammer une turque.
Tout en tirant des goulées qui manquent de volupté, je gamberge un peu. Si je pense, c’est donc que je suis, comme dirait l’autre. Or, il se produit un phénomène peu ordinaire, ce qui constitue, je vous le fais remarquer, un pléonasme de la première catégorie, un phénomène ne pouvant être ordinaire.
Voilà que, soudain, bien que pensant, je n’ai plus l’impression d’être. Mon individu devient léger, aérien. Je me mets à flotter à dix centimètres du sol. Mes pensées s’illuminent, flamboient.
L’enquête à laquelle je me livre me semble n’être qu’une aimable plaisanterie sans importance dont les fils emmêlés se dénoueront d’eux-mêmes !