Il laisse tomber son journal…
— Mais monsieur le commissaire, je vous jure…
— Oh ! dis, passe la main avec les serments et les protestations, le mec a filé, il t’a passé sous le pif sans que tu le renifles… Peut-être même qu’il t’aura demandé du feu… Des flics à la noix comme toi on en trouve tout le long des trottoirs !
Ma rogne est telle que si je ne me retenais pas je lui défoncerais la devanture… Les passants se retournent…
Je suis à deux doigts de la crise d’apoplexie. Il ne me restait que deux personnages disponibles : Jo et le docteur Bougeon, et voilà que Jo les a mis…
C’est ma visite d’hier qui lui a collé les flubes. J’ai dû dire quelque chose qui lui a glissé les copeaux et il a préféré se faire la valoche… Probable que ce citoyen était loin d’avoir la conscience tranquille…
Mon petit lutin portatif me sermonne.
« Allons, San-Antonio, murmure-t-il au fond de mon esgourde, maîtrise-toi… Tu vas à droite et à gauche comme un jeune chien, un peu de retenue, que diantre ! »
Ma rogne tombe comme le lait qui bout.
— Fiche tout en branle ! ordonné-je, mais qu’on mette la main sur ce type, tu as compris ? Et ne me regarde pas comme ça !