— Sûrement. Dites-moi encore, docteur, puisque vous êtes l’homme connaissant le mieux l’état physique du vieillard, si Balmin avait été menacé d’un grand danger, donc s’il avait ressenti une grande peur, lui aurait-il été possible d’écrire ?
— D’écrire ?
Je sors mon larfouillet et j’en extrais le fameux talon de chèque sur lequel le vieux a écrit « Au secours ! ».
— Voyons, poursuis-je, lorsqu’on est menacé au point de crier au secours, on a la tremblote et il devient difficile, voire impossible, à l’homme le mieux trempé d’écrire quoi que ce soit, non ?
— Il me semble…
— Bon… Alors ce qui paraît difficile de la part d’un homme normal devient impossible de la part d’un grand malade du cœur… Or, voici les derniers mots que Balmin ait écrits, quelques minutes — on peut même dire quelques secondes ! — avant sa mort…
Il lit les deux mots.
— Étrange, en effet…
— L’écriture est nette, sans bavure, sans tremblotements… Un angineux affolé peut-il avoir assez de sûreté pour tracer ces mots ?
— Je ne le crois pas…