J’hésite : une idée idiote sans doute me trotte par la tronche.
Je chope Grace à part.
— Demandez-lui s’il connaît une certaine Martha Auburtin.
Je guette le bonhomme sans qu’il s’en doute.
Lorsque le nom de la morte est prononcé, il bat rapidement des paupières comme une chauve-souris éblouie par la lumière. Ce signe-là ne trompe pas ; du moins il ne trompe pas un flic de mon espèce qui a appris à lire sur la bouille de ses contemporains mieux que dans son journal habituel. Duggle connaît au moins ce nom, Auburtin. Dans cette histoire tout se tient par les cheveux, c’est ma conviction profonde. Tenez, je vais faire un charmant jeu de mots (du moins c’est moi qui le dis) : oui tout le monde est à tu et à toi.
Les victimes et les assassins ; les innocents et les coupables.
Quelle salade, ma douleur !
— C’est parfait, dis-je à Grace, laissons cet honorable électricien, maintenant…
J’adresse un sourire perfide au chétif et je fonce à l’extérieur.
Je fonce comme un bourrin qui se détache du peloton et qui sait qu’il franchira en grand vainqueur la ligne d’arrivée. Maintenant j’ai les cartes en main, la partie reste à jouer…