Enfin, les bourdilles d’ici rappliquent. L’un d’eux parle le français. Je décline mon identité, j’allonge le blaze de l’inspecteur Brandon comme référence et je dis que je me tiens à leur disposition si besoin est…
Je demande au policier de se faire donner par le barman un signalement précis du mec qui est entré derrière nous vider un godet. C’est cette salope qui nous a versé sa jouvence. Sans la maladresse du garçon, à l’heure qu’il est, votre petit copain San-Antonio serait sur le macadam, aux côtés de la môme Grace, bien raide, bien pâlichon… Et pour ce qui est de la fin de l’enquête, vous auriez dû vous reporter à votre romancier habituel…
Le policier questionne le serveur.
— L’homme qui est entré est assez jeune. Il était blond… Vêtu en bleu.
— Et il portait un gilet en daim marron, non ?
Le policier sollicite ce complément de signalement.
— C’est exact, dit-il. Vous le connaissez ?
— Non…
Je porte la main à mon chapeau et, après un dernier regard à Grace, je quitte ce funeste troquet.
Un boxeur amateur qui descend du ring après avoir essuyé quinze rounds contre le champion du monde de sa catégorie n’est pas plus flottant que je ne le suis.