« Et puis d’abord, reprend-il, qu’est-ce que tu fous ici ? Un poulet français, c’est fait pour emmerder les gens de France… »

— Suppose que j’aime les voyages….

Du moment qu’on bavarde, y a du bon. Je me suis toujours sorti des situations périlleuses lorsqu’on se mettait à tailler une bavette, les types qui voulaient me dessouder et moi.

Si vous saviez comme j’ai l’œil… Je me dis, par exemple, que le soufflant du gars pèse dans les deux kilos et qu’on se fatigue de tenir deux kilos trop longtemps…

De fait, insensiblement le canon de l’arme s’abaisse tandis que le garçon blond discute le bout de gras.

Mine de rien, je fais une rapide évaluation. Elle me conduit à penser que si le zig pressait la détente de son feu, la balle ne risquerait guère de m’atteindre que les cannes, ce qui n’est pas rigoureusement mortel…

Je remercie le ciel d’avoir choisi comme chaussures des mocassins noirs ; c’est-à-dire des pompes qu’on peut ôter sans avoir à les délacer. Je fais mine d’être fatigué de ma position debout et je me mets à danser d’un pied sur l’autre. En réalité, ce manège a pour but de me permettre de dégager mon pied gauche. Lorsque la godasse ne tient plus à ma personne que par le coup de pied, je murmure…

— Allons, les gars, on ne va pas se tirer la bourre pendant mille ans ! On va faire un petit marché : je vous dis tout et vous me laissez la vie sauve, c’est d’accord ?

Les deux hommes se regardent.

— C’est d’accord, décide Stone.