Un craquement ; il se retourne : trop tard ! Le mât lui arrive sur le coin de la hure avant qu’il ait eu le temps de dire « ouf ». Il pousse un cri. La pièce de bois lui a cassé les reins et il gît sur le pont, lamentable comme un chien à l’agonie… Mille flammèches, pareilles à des insectes lui sautent dessus, voraces !
Ses fringues s’enflamment. Il hurle ! Terminée, la superbe de l’armateur…
Je fais un pas en avant, je ne tombe toujours pas… Par contre, je constate que je ne peux plus lever le bras gauche. C’est à l’épaule que j’ai bloqué les pruneaux…
Me voici seul sur l’épave en feu… Le barlu va couler d’un moment à l’autre… Ma seule ressource consiste à piquer une tête dans la baille, mais, dans l’état où je suis il m’est absolument impossible de nager.
Que faire ?
Le mât est tombé à moins de vingt centimètres de moi. Dans la chute, il s’est brisé en tronçons multiples.
Je cramponne un gros morcif dont seule l’extrémité brûle. C’est du bois dur et ça pèse au moins trente kilos… Je réussis cependant à le balancer par-dessus bord.
La flotte éteint le foyer ardent. Je repère le bout de bois dansant sur les flots. J’enjambe le bastingage et je saute au jus…
Me voici dans la flotte. Je tousse, je fais les mouvements nécessaires avec trois membres seulement… J’ai perdu de vue le tronçon de mât et j’ai des sueurs froides, moralement du moins.
Tout à coup, je ressens un coup sur la noix. C’est mon mât que je viens de heurter de la tête… Je le saisis de mon bras valide, je passe une jambe par-dessus et j’attends qu’il veuille bien m’éloigner du yacht…