Je n’ai plus qu’à lui souhaiter une bonne mort.

Sur ce, on frappe à la lourde. Brandon est là, avec des gardiens et un autre zigoto à l’air compassé qui doit être le dirlo de la cabane.

Ce petit trèfle s’annonce dans la cellote. Le directeur bonnit un laïus à Emmanuel. Je comprends que c’est la formule sacramentelle pour lui annoncer que la sentence va s’accomplir.

Emmanuel le regarde bien tranquillement. Ce gaillard-là a un drôle de souffle, je vous le dis !

Les gardes encadrent le condamné. Brandon me fait signe de suivre le cortège. Nous voilà partis en vadrouille dans les couloirs tristes.

La salle des exécutions est dans une aile extrême de la maison. C’est une pièce nue, blanchie à la chaux. La potence est sans majesté. Elle fait même foutriquet. C’est une potence pour pauvre homme. Au-dessous, il y a une trappe, fermée pour le moment. Le bourreau est un homme entre deux âges qui a une tête de comptable et des yeux myopes.

Il est loqué en gris-noir. Il a une chemise blanche et une cravate noire. Il fait très « j’ai perdu ma belle-mère la semaine dernière. »

Les gardiens amènent Emmanuel sur la trappe. Ils lui lient les mains et les jambes…

Pendant ce temps, le bourreau prépare sa ficelle. Mon cœur cogne à plein tube. Des hommes, j’en ai dessoudé des pleins paniers, mais c’était dans le feu de l’action — en situation, comme on dit au théâtre. Cette mise à mort, froide et méthodique me glace…

Je regarde Emmanuel Rolle et il me regarde… Ses yeux sont intenses…